VIVIANE GUILBAUD
Montrer l’indéfectible lien entre l’homme et la nature
ODEXPO : Présentez-vous en quelques phrases : qui êtes-vous et quel est votre parcours artistique ?
VIVIANE GUILBAUD : J’ai été pendant plus de 30 ans enseignante auprès d’enfants en grand échec scolaire, je suis maintenant à la retraite.
Je réside actuellement au Temple, à Brie où j’ai mon atelier.
Artiste autodidacte, j’ai pratiqué avec plaisir le dessin, dans mon enfance et mon adolescence. J’ai ensuite découvert le tissage grâce à une amie artisan d’art, qui fabriquait des vêtements. C’est elle qui m’a enseigné les rudiments techniques nécessaires, ainsi que la teinture végétale, dans les années 80. Cette technique convenait alors tout à fait à mon amour de la nature et des matières et matériaux qui en étaient issus.
Il était alors logique de chercher la manière d’utiliser mes productions colorées dans des créations variées (vêtements, tapisseries murales…) J’alliais alors le dessin, l’utilisation des éléments naturels et le tissage, sur un métier de basse lice, à pédales, construit au cours d’un stage de formation à l’IUFM de Limoges en 1978/1979. J’ai aussi pratiqué la tapisserie contemporaine lors de ce stage.
Après m’être consacrée à la création de vêtements/paysages pour enfants, j’ai peu à peu évolué vers la tapisserie d’art figurative (d’après photos de paysages), pour glisser à nouveau vers la tapisserie contemporaine, figurative ou non.
O : Quelles sont vos principales sources d’inspiration ?
VG : Créant d’abord mes propres cartons, j’ai continué à m’inspirer de la nature, avec laquelle j’ai toujours eu une relation essentielle. Je pouvais aussi exprimer, au travers d’une technique que je m’étais appropriée depuis longtemps, mes liens avec ses représentations stylisées et ma fascination pour les arts premiers d’Amérique du Sud, d’Océanie et d’Afrique. J’ai créé des œuvres parfois naïves, mais toujours sincères et répondant aux besoins tactiles, sensuels, aux émotions, aux désirs et à la poésie du moment.
J’ai alors commencé à tisser sur un métier de haute-lice car je souhaitais introduire dans mon travail des reliefs, abordant ainsi trois dimensions et la notion de volumes. Mes œuvres sont colorées, souvent gaies et dénotent, je l’espère, mon profond respect pour les artistes des civilisations inspiratrices.
Des amis artistes m'ont aussi proposé des cartons (Denis Mousset, James Hull par le biais de sa fille...)J'ai beaucoup apprécié de me glisser dans des univers sensibles autres que le mien.
O : Comment décririez-vous votre style ou votre approche artistique ?
VG : J’ai souhaité donner à mes interprétations de la nature des représentations en relief, en couleurs et en matériaux les plus variés possibles, même les plus improbables tant que ce cela sert mon récit intérieur et me permet de montrer l’indéfectible lien entre l’homme et la nature, pour le pire et le meilleur.
J'aime sortir du plan, utiliser des matières diverses, sensuelles et colorées. Je travaille en grand format et aussi en petits formats, avec des réalisation frôlant l'abstraction dans les formats réduits.
Il me suffit de repérer dans la nature des éléments infimes qui me parlent, je les photographie, et ensuite, je fais des montages avec les photos pour qu'elles me servent de carton de tapisserie.
Actuellement, je travaille en alliant bois flotté et tapisserie sur des sculptures.
O : Quelles thématiques ou questions abordez-vous dans votre art ?
VG : Ma sensibilité s'exprime aussi par mes choix thématiques (pollution en mer, destruction de la forêt amazonienne, échouage de migrants sur nos côtes ...) autant de thèmes inspirés par mon amour de la nature et des êtres humains.
O : Décrivez votre processus créatif : comment passez-vous de l’idée à l’œuvre finale ?
VG : Comme je l'ai dit précédemment, j'utilise mes photos, je dessine, je mets en couleurs au format réel de ma future oeuvre. Ensuite je monte une chaîne adaptée à la taille et à la structure que je désire donner à ma tapisserie finie. Puis je choisis mes matières. Et le tissage commence... Il m'arrive aussi de préparer des éléments à l'avance et de les introduire en cours de travail.
C'est ensuite la "tombée" du métier et le travail de finition. Chaque étape est essentielle mais les plus longues, tissage et finitions, sont essentielle pour un résultat final cohérent et soigné.
O : Quel est l'outil ou le matériel indispensable à votre création ?
VG : Je travaille sur un grand métier de haute lice, style Gobelins et sur un petit de haute lice aussi si besoin, selon les formats. J'utilise des broches pour tisser, des peignes aussi, matériel classique de tapisserie. Je travaille sur l'endroit car je fais beaucoup de reliefs, il m'est donc impossible de les introduire sur l'envers du travail. Il m'arrive de retravailler mes photos avec des logiciels divers.
Lorsque je dessine et mets mes cartons en couleurs, j'utilise crayons de couleurs, crayons à aquarelle, pastels secs, gouache, acrylique ...
O : Décrivez votre espace de travail.
VG : J'ai la chance d'avoir un grand atelier confortable, avec des matériaux chaleureux, des matières colorées qui restent visibles, mes métiers sont en bois et artisanaux, je suis entourée d'oeuvres d'art d'autres artistes qui me sont chères et chers, créant ainsi une atmosphère de création qui me stimule. Le terme de cocon créatif est parfaitement adapté à mon cas !
O : Parlez-nous d'une de vos œuvres qui vous tient particulièrement à cœur. Pourquoi ?
VG : Il s'agit d'une oeuvre qui fait partie de ma série de marines. Elle évoque les échouages de migrants et notamment le corps du jeune Aylan retrouvé il y a quelques années sur une plage. Très touchée par cette problématique, l'insupportable assimilation de ces hommes à des "déchets", j'ai mis aussi dans le tissage des éléments de pollution, bien réels eux. J'ai utilisé un filet de pêcheur en coton pour évoquer aussi les respect de la nature de cette matière, contrairement aux plastiques quasi imputrescibles utilisés actuellement
O : Comment gérez-vous les périodes de doute ou de blocage créatif ?
VG : Mes premières périodes de blocage ou de doute étaient très frustrantes et me perturbaient beaucoup. J'essayais alors à tout prix de bâtir un projet mais malgré le temps passé, je n'étais jamais satisfaite du résultat.
Maintenant, j'accepte ces périodes avec philosophie ( l'âge y serait-il pour quelque chose ?) et je ne me lance que quand je me sens prête, j'ai souvent 3 ou 4 projets en tête à l'avance, sachant que je commencerai la réalisation quand je le sentirai mature dans mon esprit.
O : Où voir vos œuvres ?
VG : J'ai une salle d'expo jouxtant mon atelier, avec en permanence des oeuvres présentées.
J'organise chaque année une expo chez moi en invitant d'autres artistes à participer.
Je fais partie du groupe États d'Arts en Charente et expose avec eux.
En suivant mon site, vous pouvez être informés de toutes mes expos.
O : Le mot de la fin…
VG : Même si lorsque je travaille, je suis "dans ma bulle" et m'y sens protégée, je suis toujours attentive à la réalité du monde, dans ce qu'elle a de merveilleux et de terrifiant et même si mes oeuvres ne vont par au premier abord exprimer cela, il faut bien entrer en elles pour s'en imprégner ... ce que je vous invite à partager si vous êtes sensible à mon travail.