ÉLISABETH COUDOL
Mon approche est émotionnelle
ODEXPO : Présentez-vous en quelques phrases : qui êtes-vous et quel est votre parcours artistique ?
ÉLISABETH COUDOL : J'ai toujours partagé mon temps et mes activités professionnelles entre stylos et pinceaux. Par les hasards de la vie (et de la pression de ma mère de m'engager dans une carrière dit "sérieuse'" plutôt que dans un métier artistique..." j'ai donc fréquenter les rédactions de divers journaux en tant que journaliste. Sans renoncer toutefois à manier les pinceaux... en fréquentant assidument un atelier de peintre communal, le soir. Par les harsards de la vie... et de la fragilité des entreprises, j'ai quitté le statut de salarié. A moi l'ouverture d'un atelier. A moi le statut d'artiste à temps complet. Je précise que si je peins je manie toujours le stylo pour écrire ponctuellement (non, pas d'illustrations....) des livres pour enfants. Tout cela procède de la même envie d'expression. Tout cela procède du même désir de mettre à plat des émotions, des sensations.
O : Quelles sont vos principales sources d’inspiration ?
ÉC : Tout peut être inspirant. Un paysage aperçu depuis une voiture. Une vitrine joliment ornementée. Une idée venue devant un tableau. Une émotion devant un jardin, une table, une photo. Une association de couleurs proposée par un vêtement. Pour ce qui me concerne, le lien commun entre toutes ces sources, c'est la poésie. Il faut que le bout du chemin qui va de l'idée à l"'objet" achevé propose quelque chose de beau. Qu'on puisse se dire, oh c'est chouette. Et si en plus c'est étonnant, inédit, inhabituel, pour moi c'est réussi. C'est ce que je recherche chez moi mais aussi chez les autres.
O : Comment décririez-vous votre style ou votre approche artistique ?
ÉC : Comme je l'ai dit précédemment, mon approche est émotionnelle, bien sûr, mais aussi "graphique". J'aime les compositions structurées. J'aime aussi une certaine forme de simplification, laisser tomber ce qui est anecdotique, ne retenir que l'essentiel. Mais, sur une petite surface d'un cm2 par exemple, il faut de la vibration, plusieurs tons, plusieurs couleurs... Je fuis les aplats, les vrais aplats uniformes. Je fuis aussi la figuration pure et dure, je n'aime que l'interprétation (comme dans les illustrations jeunesse du reste), j'aime discerner une différence dans l'écriture stylistique d'un artiste, le reconnaître entre mille. J'aime aussi la couleur, je n'ai pas peur des couleurs vives quand elles partagent leur éclat et voisinent avec des couleurs plus subtiles, voire plus éteintes. Et puis donc l'objectif de tout ça c'est de viser la poésie. Poser un regard poétique sur le monde qui ne l'est pas souvent, il faut bien dire...
O : Quelles thématiques ou questions abordez-vous dans votre art ?
ÉC : Je n'ai pas de message. Ou plutôt le seul message que j'ai envie d'envoyer c'est" un peu de douceur dans ce monde de brutes"... Alors la douceur elle vient essentiellement de la nature qui nous entoure, des collines là-bas au loin , un beau visage, un lac qui brille, un portrait, un oiseau qui coupe le ciel en deux, un rang d'arbres qui s'étire sous nos yeux. Vivant en lisière de forêt, marchant beaucoup sur les sentiers, ayant la chance d'avoir un jardin arboré... les arbres sont omniprésents sur mes tableaux. Ils sont là pour nous émerveiller par leur beauté et pour nous ancrer dans le temps qui passe... au fil des saisons.
O : Décrivez votre processus créatif : comment passez-vous de l’idée à l’œuvre finale ?
ÉC : L'idée va d'abord conditionner un format. J'apprécie le format carré et les formats atypiques, très étirés, très longs, exploitables au choix en largeur ou en hauteur, offrant de belles verticalités. Bien sûr on ne "raconte" pas la même chose sur un format 30 X 30 ou moins et sur un format 100 X 100. Gestuelle et compositions ne s'expriment pas de la même façon. Une fois donc le format choisi, l'idée qui n'est jamais figée je la transforme en "structure" laconique, un trait de construction pour positionner mes principaux éléments. Et puis je travaille les sous-couches, beaucoup en épaisseur, en textures. C'est ce qui m'amuse et ce qui me définit. Comme je l'ai dit je fuis les aplats lisses. Il faut du volume, des effets de matières, ils donnent corps au sujet. Ils donnent aussi une forme de vibrations, des jeux de lumières inattendus. Oui, j'aime l'inattendu tant dans la forme que dans la matière, ça n'est pas reproductible. Je finalise avec des glacis, beaucoup de glacis, c'est l'intérêt de l'acrylique que l'on peut travailler en épaisseur comme en transparences.
O : Quel est l'outil ou le matériel indispensable à votre création ?
ÉC : Je travaille donc à l'acrylique, en techniques mixtes comme on dit. J'ai une base de techniques que j'exploite depuis longtemps, on se fabrique soi-même notre technique avec les ans. Et puis il y a aussi une part d'improvisation. J'accumule beaucoup d'"outils" détournés de leur fonction, comme des manches de pinceaux cassés pour graver la matière. J'utilise bien sûr des pinceaux (pas en poils d'animaux, jamais de la vie...) des pinceaux plats exclusivement. Et puis des couteaux. Beaucoup de couteaux. J'adore les couteaux, ce sont eux qui permettent le plus d'effets spéciaux...
O : Décrivez votre espace de travail.
ÉC : J'ai la chance d'avoir depuis une vingtaine d'années un petit atelier à part de la maison, à cinq pas de-là. Donc tranquille. Il est lumineux mais devenu un peu exigu avec les ans... il faut bien stocker les toiles réalisées quelque part. J'y suis bien, avec vue sur le jardin. Le problème, c'est le désordre.. Comme j'accumule tout un bazar il est difficile d'obtenir un espace bien clean, bien rangé, bien ordonné. Ça, je ne sais pas faire. Ou une fois tous les trois ans.. Mais le désordre revient au grand galop... Tant pis.
O : Parlez-nous d'une de vos œuvres qui vous tient particulièrement à cœur. Pourquoi ?
ÉC : Je ne saurai pas dire pourquoi celle-là... peut-être une certaine mélancolie doublée d'une forme de gaieté. Et puis le bleu. Les bleus. Ma couleur. Je l'aime bien, elle est (encore un peu) représentative de ce que je fais tout en datant un peu... Une peinture que j'embarque avec moi quand je fais une exposition personnelle, je l'accroche avec la vignette rouge, je ne la vends pas. Elle vit sa vie dans mon salon.
O : Comment gérez-vous les périodes de doute ou de blocage créatif ?
ÉC : Cela va-t-il paraître prétentieux de dire que je ne connais pas de blocage créatif ? Comme je l'ai dit tout peut être inspirant, il suffit de ressentir et de regarder autour de soi. Si je reste éloignée de mon atelier pendant quelques temps c'est que je suis en période d'écriture, un texte, un projet d'album pour les enfants. Alors oui, il peut y avoir des moments sans envie pour diverses raisons... Mais pas de doutes. Non. Est-ce que la marche quotidienne en forêt est un début d'explication... ? D'infimes changements peu à peu s'inscrivent dans mon "style", mais je peux dire que c'est un peu malgré moi, le fil du temps qui oeuvre inlassablement.
O : Où voir vos œuvres ?
ÉC : En ce moment chez moi, à l'atelier. De temps en temps je fais une expo personnelle dans mon village, dans des lieux prévus à cet effet. Après avoir exposé dans diverses galeries parisiennes et en province (pour quelques-unes, la plupart, fermées désormais... et c'est bien dommage), j'étais présente encore récemment sur une plateforme... devenue payante. Je l'ai quittée. Peut-être vais-je présenter mes toiles prochainement sur une autre. A voir...
O : Le mot de la fin…
ÉC : Je vous souhaite beaucoup d'émotions devant des tableaux, les miens, ceux des autres, tout ceux que vous découvrez ici sur Odexpo.