Portraits Croisés


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YANN HERVIS
ODEXPO : Présentez-vous en quelques phrases : qui êtes-vous et quel est votre parcours artistique ?
YANN HERVIS : Né dans une famille d’ébénistes d’art, Je découvre, tout jeune, le travail du bois dans les ateliers de mon père (un ancien de l’Ecole Boulle ) et me passionne pour ce matériau. Je poursuis ma formation à l’École des beaux-arts d’Orléans, tout en faisant l’École normale, où j'ai comme professeur de dessin le peintre Roger Toulouse. . C’est alors que j'aborde la marqueterie, l’une des grandes traditions des métiers d’art français, que j'essaie de revisiter dans un esprit contemporain.

En 1983, autre rencontre majeure, celle de la décoratrice Andrée Putman, marraine du design français, qui me commande un portrait d'Yves Saint-Laurent réalisé en marqueterie pour le show-room du couturier à Chicago .

"Cette œuvre va lancer la carrière du jeune artiste , dont les créations sont exposées et primées à New-York, Chicago (où il partage la vedette avec le designer Phillipe Starck), Los Angeles , Palo Alto et Paris. En 1989, il participe à plusieurs expositions majeures à Singapour et au Japon et reçoit ses premières commandes sur le marché asiatique de l’art.
Au cours de la décennie suivante, Yann Hervis continue dans la voie de la marqueterie et du design contemporain, réalisant des commandes prestigieuses - fresques, paravents, pièces uniques de mobilier, portes et tableaux marquetés – entre autres pour les ambassades de France à Tokyo et à Montevideo, le consulat de France à Rio de Janeiro, le Ministère des Affaires étrangères à Paris, les studios d’Hollywood (via la société Modern Props), pour le siège de diverses grandes entreprises, le Musée des Arts décoratifs de Paris et pour de très nombreuses collections particulières .
Au début des années 2000, l’artiste explore d’autres pistes et développe des techniques originales pour créer ses Palimpsestes dont il va multiplier les variations. "

Anne-Marie Royer-Pantin. Écrivain. Texte libre de droit.

L’idée de mes matrices en bois gravés est née, il y a trente-cinq ans, dans l’imprimerie de Jean-Jacques Sergent à Cléry-Saint-André. J’étais alors tombé en admiration devant des matrices en cuivre destinées à l’impression. Ces matrices posées à même le sol devaient être rayées ou percées afin d'interdire toute nouvelle exploitation. L’idée m’est alors venue de réaliser mes propres matrices, devenant "œuvres" à part entière, et ce en utilisant le bois, matière que je connais bien et qui fait référence à la forme d’impression la plus ancienne, annonçant l’imprimerie.

O : Quelles sont vos principales sources d’inspiration ?
YH : « L’arbre, c’est l'alpha et l'oméga de mon travail » aime à dire Yann Hervis, qui le définit aussi comme son « totem ».
Fasciné par le monde des arbres, à la fois sentinelles et fanaux, et par les magies de leurs métamorphoses, l’artiste a cheminé dans leur compagnie, saison après saison, côté ville et côté campagne, côté Loire et côté forêt, tant et si bien que les arbres ont pris racines dans son imaginaire, avec tout leur poids d’écorce et d’aubier, leur charge de feuillages et de nids, leurs beaux dessins de branches, leur ronde de légendes, leur mémoire immense. Entre l’ombre et la lumière, le printemps et l’hiver, il a pris l’empreinte de ces êtres de plein air et de plein vent, dans leur environnement, et en a fixé de cent manières les silhouettes, tour à tour gravées, marquetées, compressées, découpées au laser, estampées, sablées, gaufrées, utilisant tantôt le papier, tantôt le bois, tantôt le verre, tantôt l’acier corten… Ainsi apprivoisés avec bonheur, les arbres de Yann Hervis scellent l’alliance vertueuse entre l’Art et la Nature, la création et le végétal. Sans pour autant oublier d’où ils viennent, où ils poussent « pour de vrai », appuyés contre le ciel et dans la chanson du vent ; car tous les arbres dont l’artiste nourrit son inspiration sont bien réels, identifiés par leurs essences, leurs noms, les lieux où ils se trouvent (souvent indiqués par des coordonnées géographiques) pour que l’amateur, inspiré à son tour, puisse les localiser et les admirer in situ.
A la fois figure de la verticalisation et figure de l’arborescence, axe autour duquel se pressent et rayonnent racines et branches, l’arbre, c’est l’ascension vers le ciel, l’expansion de la vie végétale dans le bourgeonnement de feuilles, l’éclosion des fleurs et des parfums. Profondément enraciné et s’élevant vers la lumière, doté d’un formidable processus de croissance, l’arbre dessine, depuis la nuit des temps, le lien entre le ciel et la terre. Tout cela qui en fait, pour chacun de nous, un précieux talisman.
Dans l’imaginaire de l’artiste, le thème de l’arbre se double du thème du livre, source féconde d’inspiration puisque le livre est né de l’arbre, et le papier est né de la partie la plus fine de l’écorce – celle-là même qu’on appelle « liber ». Du bois à la feuille, l’arbre rayonne doucement autour du mot et de l’idée du livre. Et voilà que, sous la main de l’artiste, il devient « matrice », estampe, poème, citations…
Anne-Marie Royer-Pantin. Écrivain.

O : Comment décririez-vous votre style ou votre approche artistique ?
YH : Le poète sait bien que le visage de l’arbre est souvent tourné vers le haut, vers la lumière, et que sa beauté se délivre à contre-ciel, comme en filigrane. Et c’est en poète assurément que l’artiste a laissé son regard se perdre dans la houle des frondaisons, la haute foule des troncs, les entrelacs de branches, pour en saisir l’empreinte et l’essence, par-delà l’espace et le temps.
Dans une même perspective aérienne, avec la même vaste curiosité d’observateur, juxtaposant le proche et le lointain, il a scruté la ville à vol d’oiseau, avec la forêt de ses toits, l’histoire considérable accumulée sous l’écorce de ses pierres, comme une grande écriture chiffrée dont il suggère, avec une acuité étonnante, les secrètes richesses et les harmonies inattendues. Homme des bois, homme des cités, il promène pareillement sa passion de voir, son plaisir de voir : arbres des halliers et villes de haute futaie, d’ici et d’ailleurs, tout à la fois bien réels et mystérieux, finis et infinis, nourrissent pareillement son imaginaire, se répondant en longs échos.
Pour donner forme à la poésie si prenante de ces paysages, avec leurs architectures compliquées de branches ou de toits appuyés sur la toile de fond du ciel, l’artiste requiert le bois, son matériau fétiche, et la gravure au trait aigu, incisif, patient, au juste point de rencontre de la sensibilité et de la technique, parfaite métaphore de la création artistique. C’est un bois composite ou « médium » qu’il travaille, substitut moderne et écologique aux bois tropicaux, qui offre une large palette de nuances chromatiques. Pour la xylogravure en taille d’épargne, le jet de sable remplace les traditionnels gouges, ciseaux et burins : il faut, pour le diriger, une fine et précise virtuosité, découper d’une main sûre les dentelures des feuillages et l’enchevêtrement des ramures, l’alignement des troncs et le patchwork ajouré des façades… La délicatesse du geste combinée à l’intensité du sable font de ce type de gravure une écriture singulière, à la fois caresse et morsure, jouant sur l’ombre et la lumière, le creux et le relief, le positif et le négatif.
Puis, le dessin et la gravure terminés, vient le temps de la couleur : l’artiste pose, sur les parties en relief, les pigments en touches légères, en inflexions douces, des blancs crayeux, des bleutés, des roux, des ocres clairs, des nuances de vieil or. La matrice est ainsi devenue une œuvre à part entière.
Anne-Marie Royer-Pantin. Écrivain.

O : Quelles thématiques ou questions abordez-vous dans votre art ?
YH : La marqueterie revisitée

Pour Yann Hervis, l’aventure artistique viendra d’abord du bois, le bois à la fois comme héritage, source d’inspiration et matière graphique. « Né dans les copeaux », ainsi qu’il le confie en souriant, c’est dans l’atelier d’ébénisterie d’art de son père, qu’il découvre, enfant, le monde du bois qui deviendra la matière première de ses créations, et qu’il abordera par la marqueterie, l’une des grandes traditions des métiers d’art français. Il en découvre les techniques délicates et les savoir-faire qu’il s’approprie rapidement et qu’il met au service de sa créativité et son sens de l’innovation. Passionné par l’univers du design, il se fait remarquer, en France et à l’étranger, pour ses marqueteries contemporaines particulièrement innovantes, mariant avec une rare virtuosité les essences, les teintes et les veines de bois pour créer des motifs originaux, figuratifs, abstraits, en trompe-l’œil, dont il orne tableaux, pièces uniques de mobilier, fresques, portes…
« Au lieu de coups de pinceau, j'utilise les grains naturels du bois, qui diffèrent par leur couleur, leur densité et leur texture. Lorsque j'ai besoin d'autres couleurs, je teins le bois en le plongeant dans une teinture végétale pendant quelques mois. Même si j'ai travaillé des bois exotiques du Brésil et d''''Afrique, je n'aime pas utiliser une gamme trop diversifiée sur une même pièce. Mes types préférés sont le noyer, le cerisier, le sycomore, l'acajou et l'érable. » Anne-Marie Royer-Pantin. Écrivain. Texte libre de droit.

O : Décrivez votre processus créatif : comment passez-vous de l’idée à l’œuvre finale ?
YH : Bois gravés.
La gravure sur bois est l’une des techniques fétiches de Yann Hervis, pour jouer sur l’ombre et la lumière, le creux et le relief, le positif et le négatif. C’est un bois composite ou « médium » qu’il travaille, substitut moderne et écologique aux bois tropicaux, qui offre une large palette de nuances chromatiques. Pour la xylogravure en taille d’épargne, il utilise le jet de sable qui remplace les traditionnels gouges, ciseaux et burins, et nécessite une grande précision du geste pour une découpe très fine. Pour la mise en couleur de la matrice gravée, les pigments naturels sont posés en touches légères, très nuancées.
Anne-Marie Royer-Pantin. Écrivain. (Texte libre de droit.)

O : Quel est l'outil ou le matériel indispensable à votre création ?
YH : Qui ne rêve pénétrer dans les coulisses de la création artistique, approcher au plus près de l’artiste au travail et du cheminement secret de ses inspirations ? Quoi de plus révélateur que ce foyer où l’œuvre, dans la solitude, se cherche et s’élabore, où se réalisent de singulières alchimies entre le geste, la technique et la matière ?
A Chécy, dans son atelier pas comme les autres (un ancien central téléphonique de 60 m2 environné d’un jardin en liberté), Yann Hervis remet sans relâche son ouvrage sur le métier, explore, expérimente, affûte ses savoir-faire, détourne des processus industriels au profit de sa virtuosité créative. Dans ce lieu qu’il considère à la fois comme son jardin secret et son « terrain de jeu », où sa vie et son œuvre s’épaulent avec force, tout est révélateur de son univers intellectuel et imaginaire, de ses multiples curiosités, de ses choix artistiques, des variations sans fin de son talent. On est au cœur même d’une force et d’une profusion. Des œuvres en cours ou achevées, des prototypes, des maquettes, des épreuves, des matériaux (en particulier des placages d’essences précieuses de toutes les nuances, ou bien de rares vélins), des pigments, des objets qui racontent une histoire (comme ces éléments de presse manuelle récupérés dans l’atelier de son père), voisinent avec la vaste table à dessin (où commence à chaque fois l’aventure), la lourde table inclinable idéale pour les finitions, le bureau composé de deux petits meubles, pièces uniques qu’il avait réalisées pour l’architecte et designer Jean-Michel Wilmotte.
Dans la partie purement technique de l’atelier, trône une impressionnante presse sous vide (provenant elle aussi de l’atelier paternel), que l’artiste a détournée de ses usages industriels et qu’il utilise pour coller, plaquer, compresser à plat et en volume, ses travaux sur bois (marqueterie, palimpsestes, compressions, sculptures…) mais aussi sur papier (impression des estampes, gaufrages…).
Particulièrement spectaculaire et originale est la façon dont il se sert à des fins artistiques d’un puissant système de sablage à haute pression. Le jet de sable projeté à 12 bars, guidé manuellement avec une rare maîtrise, devient son médium favori, laissant au mieux apparaître l’apport personnel de l’artiste, dont la main, longuement, minutieusement, transfigure l’évidence des choses vues.
Anne-Marie Royer-Pantin. Écrivain. Texte libre de droit.

O : Décrivez votre espace de travail.
YH : A Chécy, dans son atelier pas comme les autres (un ancien central téléphonique de 60 m2 environné d’un jardin en liberté), Yann Hervis remet sans relâche son ouvrage sur le métier, explore, expérimente, affûte ses savoir-faire, détourne des processus industriels au profit de sa virtuosité créative. Dans ce lieu qu’il considère à la fois comme son jardin secret et son « terrain de jeu », où sa vie et son œuvre s’épaulent avec force, tout est révélateur de son univers intellectuel et imaginaire, de ses multiples curiosités, de ses choix artistiques, des variations sans fin de son talent. On est au cœur même d’une force et d’une profusion. Des œuvres en cours ou achevées, des prototypes, des maquettes, des épreuves, des matériaux (en particulier des placages d’essences précieuses de toutes les nuances, ou bien de rares vélins), des pigments, des objets qui racontent une histoire (comme ces éléments de presse manuelle récupérés dans l’atelier de son père), voisinent avec la vaste table à dessin (où commence à chaque fois l’aventure), la lourde table inclinable idéale pour les finitions, le bureau composé de deux petits meubles, pièces uniques qu’il avait réalisées pour l’architecte et designer Jean-Michel Wilmotte.
Dans la partie purement technique de l’atelier, trône une impressionnante presse sous vide (provenant elle aussi de l’atelier paternel), que l’artiste a détournée de ses usages industriels et qu’il utilise pour coller, plaquer, compresser à plat et en volume, ses travaux sur bois (marqueterie, palimpsestes, compressions, sculptures…) mais aussi sur papier (impression des estampes, gaufrages…).
Particulièrement spectaculaire et originale est la façon dont il se sert à des fins artistiques d’un puissant système de sablage à haute pression. Le jet de sable projeté à 12 bars, guidé manuellement avec une rare maîtrise, devient son médium favori, laissant au mieux apparaître l’apport personnel de l’artiste, dont la main, longuement, minutieusement, transfigure l’évidence des choses vues.
Anne-Marie Royer-Pantin. Écrivain. Texte libre de droit.

O : Parlez-nous d'une de vos œuvres qui vous tient particulièrement à cœur. Pourquoi ?
YH : "Shades of tangerine" (Bois gravés + pigments. 125 x46 cm )

Il s'agit d'un travail récent, entre abstraction et figuration, sur mon thème de prédilection : L'arbre.

O : Où voir vos œuvres ?
YH : Conservation (Hors collections particulières)
Musée des Arts décoratifs PARIS : Karamako, guéridon marqueté. Acquisition, en 1986, du Fonds National d’Art Contemporain, en dépôt dans la collection permanente du Musée des Arts décoratifs.
Mobilier National PARIS : 13 paravents marquetés, pour le Centre de Conférences Internationales du Ministère des Affaires Etrangères PARIS. Paravents pour le bureau du Chef du Protocole du Quai d’Orsay.
Ambassade de France à MONTEVIDEO : Fresques et paravents.
Ambassade de France à TOKYO : Deux tableaux en marqueterie sur le thème de la Cité de la Musique de l’architecte Christian de Portzamparc.
Hall de l’hôtel The Sultan à SINGAPOUR : tableau en marqueterie La Baroqueuse.
Consulat de France de RIO DE JANEIRO : paravent marqueté.
Au N° 1 de la rue Mallet Stevens à PARIS XVIe : portes marquetées pour l’une des maisons du célèbre architecte Mallet Stevens.
30 rue de Prony, PARIS XVIIe, siège de la Fondation Médéric-Alzheimer : Portes, panneaux et table de conférence marquetées.
3 avenue Hoche, PARIS, (ancien) siège parisien des Laboratoires Merck Sharp & Dohme Chibret : fresque marquetée.
Centre de maintenance du tramway du MANS : Fresque monumentale en bois sablés.

Région Centre-Val de Loire

Orléans :
Centre ancien d’Orléans : Les clous d’Orléans en bronze. Clous de chaussée bombés et gravés en creux, et clous de terrasse en relief. Repris en signalétique un peu partout dans Orléans (plaques de rue du centre ancien, girouet de Loire Unesco, 64 dalles en bronze au sol sous les arcades de la rue Royale). Également décliné en une gamme de petits objets originaux proposés par la Boutique de l’Office de Tourisme d’Orléans.
Centre ancien d’Orléans : Les Témoins. Cinquante sculptures en acier corten et pierre gravée jalonnant un parcours original historique et patrimonial dans l’espace public. Chaque Témoin est équipé d’un QR Code. https://www.lestemoins-orleans.fr/
Hall de la gare d’ORLEANS : Sculpture Livre en verre Palimpsestes.
Place Gaspard de Coligny ORLEANS : Bas-reliefs en bronze de la Fontaine des villes jumelles.
Place du Martroi ORLEANS, Office de Tourisme Orléans-Métropole : Panneaux en verre gravé.
Hall de la Maison de l'Etudiant, Université d’Orléans, ORLEANS-LA SOURCE : Escalier Cinétique, contre-marches marquetées.
Rue d’Escures ORLEANS, Caisse d’Epargne : Quais de Loire I et II, bois gravés. Dépôt de la Ville d’Orléans.

Loiret
Fonds départemental d’Art Contemporain (LOIRET) : Variations sur Muybridge.

O : Le mot de la fin…
YH : Avec sa bienveillance malicieuse, Roger Toulouse m'a appris à penser différemment.
Il m'a conforté dans mes choix, que d'aucuns jugeaient hasardeux, il me rappelait alors
ces mots de Max Jacob : L'art est un jeu, tant pis pour celui qui s'en fait un devoir. "
Je continue de m'amuser !

Yann Hervis

En (sa)voir un peu plus...

INFOS


DISCIPLINE

ARCHITECTURE


ESTAMPE
Style - Contemporain
Technique - Taille d'épargne


PEINTURE
Style - Contemporain
Technique NC.
Support - Bois


SCULPTURE
Style - Figuratif
Technique - Assemblage
Matériau - Bois
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