Portraits Croisés


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PATRICE DELORY
Une liberté de touche
ODEXPO : Présentez-vous en quelques phrases : qui êtes-vous et quel est votre parcours artistique ?
PATRICE DELORY : Après un Bac de lettres en 1972 je m'inscrit en Arts Plastiques à Paris St Charles-La Sorbonne.
Déçu par un enseignement basé sur l' Art conceptuel je pars vivre en communauté avec une troupe de théâtre le "Xéna théatre" (écriture collective)
Retour à Paris pour un diplôme d''''Architecture à UP6, unité pédagogique aux Beaux Arts, fondée par des professeurs rebelles à l'enseignement classique.
Je commence une pratique intense de la peinture et je fais mes premières expositions alors que je passe mon diplôme.
Parallèlement je vais aux ateliers des Beaux Arts de la ville de Paris pour acquérir les techniques qui m'intéressent (nu, gravure, dessin… ).
Diverses évolutions et techniques suivent mon cheminement artistique.

O : Quelles sont vos principales sources d’inspiration ?
PD : En art figuratif : Les icônes, les primitifs italiens, la dernière période du Titien, les auto portraits de Rembrandt, Piranèse, Goya : les gravures et la "Casa del Sordo", Baselitz, Barcelo, Lucian Freud et bien sur Francis Bacon.
En art abstrait : Jackson Pollock, Willem de Kooning, Bram van Velde, Tapies, Joan Mitchell, Anselm Kieffer, Cy Twombly.

O : Comment décririez-vous votre style ou votre approche artistique ?
PD : Après de nombreux dessins de voyage ou en atelier mes première peintures, à l'huile, tendaient vers une abstraction avec des éléments d'architecture (portes, fenêtres).

Mais depuis de nombreuses années je travaille principalement sur le visage (pas le portrait).
Qu'ils soient iconiques, dissouts dans la toile, reconnaissables en tant que visages, calligraphiés dans une liberté de touche.
M'intéressent également l'espace (ouvert des déserts ou celui fermé des arènes) correspondant à une autre interrogation de l'humain.
C'est alors l'homme, peint en dernier avec sa grande ombre portée, qui donne la mesure de cet espace.

Je tends moi même mes toiles brutes (lin, coton, mixte) sur des châssis à clés; Je préfère préparer mes fonds suivant le projet.
J'utilise aussi beaucoup de papiers dont je possède toute une collection prête à l'emploi. (Japon, Népal, Inde, France, Thaïlande, Afrique etc.)
Et suivant la nécessité du moment acrylique, pastels secs ou gras, fusains, pigments purs sont à portée de main. Gravure/sculpture sur bois complètent mon travail.

O : Quelles thématiques ou questions abordez-vous dans votre art ?
PD : La grande question reste notre identité en tant qu'êtres humains.
La peinture, dans son expression non verbale, permet d'atteindre un niveau de rapport au monde différent de l'écriture.
Avant la parole, et même après sa sophistication, les peintures rupestres d'''Altamira, Lascaux, d'''Australie, des déserts syro jordaniens ont toujours joué ce rôle.
Qu'elles s'inscrivent dans des rituels de chasse, de mémorisation, d'appropriation, elles sont des liens avec un monde dont l'intelligibilité sans cesse recule malgré les avancées constantes de la science.

O : Décrivez votre processus créatif : comment passez-vous de l’idée à l’œuvre finale ?
PD : Vaste question.
Plus qu'une idée c'est la nécessité de peinture qui engendre le processus créatif.
Le support étant choisi il y a d'abord une concentration et le plus possible un lâcher prise.
Puis, après les premiers coups de pinceaux, de fusain ou autre, c'est un dialogue qui s'établit entre l'oeuvre en création et le peintre, chacun répondant entre mental et forces inconscientes.
L'idéal étant d'atteindre un "état de peinture" et n'être plus qu'un outil au service de quelque chose qui nous dépasse.

O : Décrivez votre espace de travail.
PD : La peinture étant "cosa mentale" elle s'exprime, pour moi, dans le cadre de l'atelier.
Le terme cocon ou bien bulle, monde à part, imprégné des vibrations qui s'y déposent. est justifié.
Il est important qu'il soit en dehors de l'habitation.
Après un atelier à Paris puis en Espagne et en Touraine j'ai changé d'espace début 2024. Toujours en Touraine.
J'ai maintenant un 60 m2 d'un seul tenant, et un grenier de la même superficie pour le stockage.
Les voyages sont, eux, l'occasion de dessins, aquarelles, pastels pour capter l'harmonie d'un lieu, d'un détail, d'une architecture.

O : Parlez-nous d'une de vos œuvres qui vous tient particulièrement à cœur. Pourquoi ?
PD : Je prendrai ce Grand visage rouge, intemporel. 130 x 97 cm. Peinture sur toile brute tendue sur châssis. Acrylique, feuille d'or.
Il faut passer quelques instants devant ce tableau pour que le visage et le regard apparaissent pleinement.
Il représente un de ces moments où "Ca" arrive. Une alchimie mystérieuse qui ne pourra pas être reproduite.

O : Comment gérez-vous les périodes de doute ou de blocage créatif ?
PD : Je venais de passer des années dans mon atelier, à m'astreindre à une discipline rigoureuse de travail.
Je me sentais vide et je ne peignais que des horreurs que j'ai heureusement détruit.
Un ami m'a demandé de m'associer lui pour la création d'une maison d'édition. "Nomadbooks.com".
A son grand étonnement j'ai dit oui. Et j'ai senti une boule d'angoisse en me disant : "Je ne pourrai peut être plus jamais peindre".
Cette expérience d'éditeur m'a fait comprendre qu'il faut savoir faire des breaks pour se nourrir. Ne pas s'assécher.
Depuis je gère beaucoup mieux mon énergie, mon travail, mon temps de création.

O : Où voir vos œuvres ?
PD : Soit sur le site patrice-delory.odexpo.com, soit sur rendez vous à mon atelier de Montlouis sur Loire (+33660207329), soit en suivant mon actualité.

O : Le mot de la fin…
PD : Si on pouvait le dire avec des mots on ne le peindrait pas.

En (sa)voir un peu plus...

INFOS


DISCIPLINE

PEINTURE
Style - Abstrait - Figuratif
Technique - Aquarelle - Pastel - Peinture à l'huile
Support - Papier/carton - Toile


SCULPTURE
Style - Abstrait - Contemporain - Figuratif
Technique - Assemblage - Modelage
Matériau - Acier - Bois - Metal - Pierre
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