SYLVIE ETIENNE
Une invitation à suspendre le temps
ODEXPO : Présentez-vous en quelques phrases : qui êtes-vous et quel est votre parcours artistique ?
SYLVIE ETIENNE : Je m'appelle Sylvie Etienne, je suis née à Bordeaux, un 16 août 1964, dans une ville baignée de lumière et d'histoire.
Très tôt, j'ai ressenti le besoin de créer, de comprendre la beauté cachée derrière les œuvres d'art. Mes parents, attentifs à cette sensibilité, m'ont inscrite aux Beaux-Arts de Bordeaux et à un CFA d'art rue du Palais - Gallien, où j'ai suivi quatre années de formation en restauration de tableaux, reproduction de tableaux d'après les Grands Maitres de la peinture, l'architecture et la perspective. C'est là que j'ai obtenu mon diplôme de restauratrice d'art.
Au fil des rencontres, le destin m'a menée vers un couple de restaurateurs de peintures murales. Ils m'ont initié à un univers fascinant, celui des fresques anciennes, où chaque couleur raconte une époque, chaque fissure porte la mémoire du temps.
Grâce à eux, j'ai vécu ma première expérience professionnelle dans le Périgord Noir, près de Bergerac, où j'ai participé à la restauration de fresques et de peintures murales médiévales. j'avais à peine dix-huit ans, et déjà le sentiment d'avoir trouvé ma voie.
De retour à Bordeaux, ma passion pour la restauration du patrimoine s'est imposée comme une évidence. Peu après, un restaurateur parisien a contacté mes parents pour m'inviter à rejoindre son atelier à Vincennes. Je suis alors partie à Paris, pleine d'enthousiasme et d'envie d'apprendre.
Quelques années plus tard, ce restaurateur a décidé de créer une SARL familiale, mettant fin à l'équipe que nous formions. C'est à cette période que j'ai rencontré un restaurateur japonais, un homme d'un grand raffinement, qui m'a proposé de le suivre sur divers chantiers en Bourgogne, en Côte-d'Or, dans l'Yonne et dans un château chargé d'histoire.
Je me suis mise à mon compte, poursuivant ce métier qui est devenu bien plus qu'une profession : une vocation.
Pendant plusieurs années, j'ai parcouru la France, travaillant sur des églises romanes et gothiques, redonnant vie à des œuvres effacées par le temps, avec toujours le même émerveillement face à la beauté retrouvée.
Aujourd'hui encore, je reste guidée par la même passion : préserver la mémoire du passé à travers la matière, la couleur et la lumière.
O : Quelles sont vos principales sources d’inspiration ?
SE : Mes sources d'inspirations naissent souvent de coup de cœur.
Lors de mes chantiers de restauration pour les Monuments Historiques, chaque lieu où je travaillais devenais une source d'émotion.
J'aimais en garder une trace : une photo pour en capturer la lumière, quelques mots dans un petit carnet qui ne me quittait jamais, ou un dessin esquissé sur le vif, pour ne pas oublier la vision que ce lieu m'avait offerte.
Oui je peins mes émotions, un lieu, une lumière, un instant qui me touche, sur la toile comme dans la mémoire.
O : Comment décririez-vous votre style ou votre approche artistique ?
SE : Mon style est classique, parfois empreint d'impressionnisme, profondément figuratif, et s'inscrit dans la lignée des Grands Maîtres de la peinture.
J'accorde une attention toute particulière à l'art du détail, ce petit quelque chose qui capte le regard et retient l'attention un instant.
Mes œuvres cherchent à provoquer l'émerveillement, à offrir au spectateur un moment de contemplation où la beauté et la subtilité se révèlent.
Chaque tableau est pour moi une invitation à suspendre le temps, à observer, à ressentir et se laisser emporter par l'atmosphère que je crée, mêlant rigueur technique, sensibilité et émotion.
Mon approche artistique vise à transmettre cette rencontre entre la maîtrise du geste et la poésie du regard, où chaque détail devient porteur de vie et d'émotion.
Mon approche se veut aussi sensible et immersible, où chaque coup de de pinceau contribue à créer un dialogue entre l'observateur et l'œuvre, entre le réel et l'interprétation personnelle, entre le concret et la rêverie.
O : Quelles thématiques ou questions abordez-vous dans votre art ?
SE : Mon art explore des thématiques variées qui me passionnent : le corps humain, le nu artistique, le portrait, la peinture d'histoire de l'art, la mythologie, mais aussi la nature morte , le paysage, la peinture marine, les scènes du genres et les scènes animalières, que j'affectionne particulièrement.
Mes œuvres s'inspirent de la poésie du moment, de ce mouvement précis où l'on ressent pleinement la vie autour de soi : le vent sur la joue, la chaleur d'un rayon de soleil, une goutte de pluie qui tombe sur le visage, ou la nature qui s'éveille.
Mais aussi l'existence de la vie, où la vie est fragile, où chaque moment est précieux et où chaque instant est un cadeau privilégié à savourer pleinement.
A travers mes créations, je cherche à transmettre cette sensation de présence et d'émerveillement, en invitant le spectateur à ressentir ce lien intime avec le monde qui l'entoure.
Mon objectif personnel est de créer un dialogue entre les œuvres que je présente et ceux qui les regardent, pour susciter réflexion et émotion.
O : Décrivez votre processus créatif : comment passez-vous de l’idée à l’œuvre finale ?
SE : Mon processus créatif commence souvent par un coup de cœur, un instant fugace où l'idée, où l'image finale se fait soudainement présente dans mon esprit.
C'est un flash, une vision claire qui me donne l'élan de créer.
Je commence par esquisser rapidement cette image dans mon petit carnet de dessin et par prendre des notes, pour capturer l'essence de ce que je ressens. Ces premiers traits sont la fondation de mon œuvre.
Ensuite, la création prend forme sur un calque parfois et sur la toile.
Je calcule les dimensions du châssis, choisis les couleurs, et commence la mise en place.
Durant cette étape, je sais généralement à quoi ressemblera la finalisation du tableau, même si parfois le résultat me surprend et diffère légèrement de ce que j'avais imaginé.
Il y a aussi une dimension très intime dans mon processus : la présence de mon père, ou du moins le souvenir de sa bienveillance, m'accompagne. Il était très doué en dessin, et je sais que c'est de lui que je tiens cette passion et mon don de la peinture.
A chaque fois que j'installe mon chevalet pour commencer un projet, j'ai l'impression qu'il me guide et me soutient dans chaque geste.
Peindre pour moi, c'est créer un pont entre le visible et l'invisible, entre l'émotion du présent et la mémoire de ceux qu'on aime.
Chaque tableau devient alors une rencontre : entre l'art et la vie, entre mon père et moi.
Ainsi, mon travail naît d'un mélange d'intuition, de rigueur technique et de présence émotionnelle, un chemin où l'inspiration, la pratique et la mémoire se rencontrent pour donner vie à l'œuvre finale.
" À travers chaque couleur et chaque trait, c'est un peu de lui que je fais revivre, et un peu de moi que je découvre. "
O : Quel est l'outil ou le matériel indispensable à votre création ?
SE : Mon matériel indispensable à ma créativité se compose d'un chevalet d'atelier, simple, pratique et stable en pin naturel, qui me permet de donner vie à toutes mes idées, ainsi que d'un chevalet de table pour travailler sur des formats plus petits, sur des surfaces plates et stables.
Je travaille également avec des encres de couleurs, de l'encre de chine et de la sépia pour créer des effets plus soutenus et lumineux en incluant la peinture aquarelle et la gouache.
Avec l'encre, je travaille à la plume avec différentes épaisseurs et aux pinceaux, ainsi que sur mes toiles.
Parfois j'utilise des tubes de paillettes de différentes couleurs ainsi que de la feuille d'or, argent et cuivré pour créer des effets merveilleux et lumineux pour des créations de cartes de vœux, d'anniversaire, mais aussi parfois pour des marque-pages et des faire-part d naissance, de mariage, de remerciement.
Pour les aquarelles j'utilise du papier chiffon de différents grains pour donner cette transparence et cette profondeur de réalisation dont le résultat final est délicat.
Quand à mon outil essentiel, c'est le numérique, en particulier mon téléphone portable, mais aussi l'ordinateur portable, parfois l'appareil photo, qui me permet d'immortaliser chaque instant et chaque lieu, capturant l'image et l'émotion du moment.
O : Décrivez votre espace de travail.
SE : En entrant dans la pièce, on est immédiatement accueilli par une lumière douce et naturelle qui s'infiltre par la grande fenêtre, caressant chaque surface et faisant danser de légers reflets sur le plafond en lattes de bois en merisier verni. Le parfum subtil des orchidées multicolores flotte dans l'air, mêlé à la fraîcheur des plantes disposées avec soin autour de la table.
La table en fer forgé, large et ovale, trône au centre de la pièce avec élégance. Sa surface est recouverte d'une nappe en toile cirée aux motifs exotiques : oiseaux de paradis majestueux, palmiers luxuriants et fleurs mauves éclatantes, dans des tons de différents verts anglais, qui apportent un souffle de nature et de couleurs vibrantes. Les chaises assorties, en velours rouge bordeaux et en fer forgé, semblent inviter à s'assoir et à s'immerger dans le travail avec confort et style.
Au milieu de la table est disposé un joli bouquet de roses aux couleurs multicolores.
Sur le meuble en merisier, l'ordinateur et l'imprimante s'intègrent parfaitement à cette harmonie, entourés par la lampe en opaline en forme de tulipe de couleur blanche transparente au halo chaleureux qui promet des heures de concentration même lorsque le soleil se retire.
Les murs blancs, simples et lumineux, contrastent subtilement avec le bois brillant du plafond, où des tableaux sont majestueusement accrochés, mettant en valeur chaque objet et chaque couleur de la pièce.
Tout ici respire l'équilibre entre fonctionnalité et beauté, entre travail et inspiration.
On a l'impression que même les idées les plus fragiles prennent vie dans cet espace, guidées par la lumière, les textures et la couleur.
Pour moi, cet endroit représente un petit refuge accueillant, où l'on se sent à la fois concentré, apaisé et inspiré.
O : Parlez-nous d'une de vos œuvres qui vous tient particulièrement à cœur. Pourquoi ?
SE : L' œuvre dont je souhaite vous parler est une peinture que j'ai réalisé dans le cadre d'un projet personnel.
Pour la créer, j'ai travaillé aux couteaux, aux pinceaux et à l'huile, avec une finition aux lavis de couleurs, ce qui m'a permis de donner de la profondeur, de la texture et de la lumière et de la légèreté à la création. J'ai voulu capturer la majesté et la force, mais aussi la fragilité et la beauté de la vie.
Cette peinture me tient particulièrement à cœur car elle représente mon père.
A travers elle, j'ai voulu exprimer ce que je ressentais : je croyais en sa force, je pensais que rien ne pourrait l'éloigner de moi.
Elle symbolise la liberté, l'indépendance, la vie qui peut être heureuse mais fragile, et l'idée que même ce qui semble éternel peut être vulnérable.
Créer cette œuvre m'a permis de mettre mes émotions en couleurs et en textures, et de rendre hommage à cette relation si précieuse.
C'est pour cela que cette œuvre est si importante pour moi.
O : Comment gérez-vous les périodes de doute ou de blocage créatif ?
SE : Je considère les périodes de doute comme normales dans le processus créatif.
Quand j'ai des moments de doute ou de baisse de motivation, où l'inspiration ne vient pas, dans ces périodes précises, j'essaie de me libérer la tête plutôt que de m'enfermer dans la négativité : je vais marcher au parc ou au stade, rencontrer des gens, prendre l'air..
Cela m'aide à reprendre de l'énergie et de la clarté.
En tant que croyante, je trouve du réconfort et du ressourcement en priant, parfois dans des lieux religieux, parfois en extérieur, ce qui me permet de me reconnecter avec mes inspirations et mes objectifs.
O : Où voir vos œuvres ?
SE : Vous pouvez découvrir mes œuvres sur mes sites web, mes réseaux sociaux, et parfois dans la lumière des expositions.
O : Le mot de la fin…
SE : " L' art ne se contemple pas, il se vit et nous transforme, il est le murmure de l'âme qui devient visible, un éclat de lumière que chacun emporte en soi ! "